La solitude du dirigeant tient moins à l'absence de monde autour de lui qu'à l'absence d'un lieu où dire ce qu'il pense réellement, sans effet sur ses équipes, ses associés ou sa banque. Un réseau de pairs, un coach ou un psychanalyste répondent à des besoins différents : l'enjeu est de savoir lequel de ces besoins est le vôtre.
La solitude du dirigeant est-elle un état d'âme ou un fait ?
C'est un fait mesuré. L'étude du Lab Bpifrance de 2026 sur les solitudes du dirigeant indique que l'isolement concerne désormais près d'un dirigeant sur deux (49 %, contre 45 % en 2016) et que l'isolement intense est passé de 11 % à 18 %. Elle note aussi que trois dirigeants sur quatre se sont interrogés, dans l'année, sur le sens de leur activité. Ces chiffres décrivent une condition, pas une fragilité individuelle.
Pourquoi diriger rend-il plus seul quand tout va bien ?
Parce que l'isolement ne dépend pas seulement des difficultés. Le même travail montre qu'il reste présent en période de succès (25 % des dirigeants) et culmine en période de crise (58 %), avec un niveau élevé à l'approche d'une transmission (42 %). Quand l'entreprise réussit, le dirigeant perd souvent ses derniers interlocuteurs honnêtes : on lui dit ce qu'il a envie d'entendre, il ne peut plus s'ouvrir de ses doutes sans inquiéter.
À qui parler quand on ne peut rien dire à ses équipes ?
Trois besoins se confondent souvent sous le mot de solitude.
Le premier est un besoin de pairs : un groupe de dirigeants, un réseau, un mentor. Il répond à l'isolement professionnel et il est utile.
Le deuxième est un besoin d'objectif : un coach aide à décider, à structurer, à tenir un cap sur une période donnée. Le cadre est borné, orienté vers un résultat.
Le troisième est un besoin de parole sans enjeu : pouvoir dire ce qui ne se dit nulle part, y compris ce qui paraît contradictoire, honteux ou sans importance. C'est là que la psychanalyse s'adresse. Elle ne vous conseille pas, elle ne rend de compte à personne dans l'entreprise, et elle s'intéresse à ce qui revient, d'une décision à l'autre, au-delà de l'entreprise elle-même.
Comment savoir quel besoin est le mien ?
Un repère simple. Si votre phrase intérieure est : « Je porte trop seul, je veux mieux m'entourer et décider », un réseau de pairs ou un coach est un bon premier appui. Si elle est plutôt : « Je ne comprends pas pourquoi je me sens toujours aussi seul, quelle que soit l'équipe ou l'entreprise ; je ne comprends pas pourquoi les situations se répètent et pourquoi les blocages ne se résolvent pas avec l'aide des conseillers et des techniciens qui m'entourent ; je ne comprends pas non plus pourquoi, malgré tous mes efforts, j'ai du mal à entretenir une relation plus fluide avec mes proches », c'est un travail d'une autre nature.
Une situation composite l'illustre. Un fondateur de PME, entouré d'un comité de direction compétent, décrit une fatigue qu'il ne s'explique pas. Il a un réseau, un coach, une famille présente. Ce qui lui manque est un endroit où il n'a pas à être le dirigeant. Dans cet espace, la question change : il ne demande plus comment mieux décider, il découvre ce qui, chez lui, rend la décision aussi coûteuse.
Quand faut-il consulter d'abord un médecin ?
Si la solitude s'accompagne de troubles du sommeil, d'une humeur très basse, d'épuisement ou d'incapacité à fonctionner, un médecin ou un psychiatre doit être le premier interlocuteur. La psychanalyse n'est pas une prise en charge médicale : elle peut venir ensuite, ou en parallèle, avec l'accord de votre médecin.
Et si je veux un cadre vraiment confidentiel ?
Le cadre se vérifie. Demandez s'il existe un dossier ou des échanges avec des tiers, quelle est la formation du praticien, et si le travail est strictement indépendant de votre entreprise, de vos associés et de vos conseils. Chez Praxis Apex, les entretiens se tiennent en cabinet à Limoges ou à distance, en français, sans lien avec votre environnement professionnel.
Pour un premier échange confidentiel : frederic@duplessy.net.
Pour aller plus loin : Solitude du dirigeant, entouré et pourtant seul et Décider pour tous, n'avoir personne à qui parler.
Source : Lab Bpifrance, « Vaincre les solitudes du dirigeant » (2026).
Frédéric Duplessy est psychanalyste depuis 2016, après trente ans dans la publicité, la communication et le numérique et une expérience de chef d'entreprise. Il a travaillé de près sur l'étude du Lab Bpifrance consacrée à la solitude du dirigeant et en a tiré une conférence, « Entrepreneur, c'est le bonheur ». Auteur de « L'esprit d'analyse : la psychanalyse à la portée de tous » (2020), il reçoit les dirigeants à Limoges et à distance, en français (Praxis Apex).