Vous le savez : la première fois, c’était une erreur de casting. La deuxième, une malchance. À la troisième, quelque chose dans le dossier ressemble à une signature. Même profil recruté malgré les réserves, même associé choisi au nom de l’évidence, même décision repoussée jusqu’à ce qu’elle coûte, même rupture au même moment du projet. Et pourtant, à chaque fois, vous aviez des raisons, souvent excellentes.
Un dirigeant qui répète les mêmes erreurs ne manque ni d’intelligence ni de méthode. Il fait face à un fait que la méthode ne traite pas : certains choix ne se font pas là où l’on croit.
Ce que le coaching, le développement personnel et le conseil font bien
Il faut le dire loyalement : le coaching, le développement personnel et le conseil en organisation sont d’excellents outils. Ils clarifient une stratégie, outillent un processus de recrutement, installent une gouvernance, apprennent à mieux déléguer. Beaucoup de dirigeants y trouvent un vrai appui, et il serait faux de prétendre le contraire.
Le point de bascule apparaît ailleurs. Une grille d’entretien parfaite n’empêche pas de choisir, à la fin, le candidat qui ressemble à une scène ancienne. Un comité de gouvernance n’empêche pas d’écarter, toujours au même moment, l’avis qui dérange. On sait ce qu’il faudrait faire. On fait autre chose.
Ce qui travaille en dessous
En psychanalyse, cela porte un nom : la répétition. Elle désigne ce qui revient, non par habitude, mais parce que quelque chose de non élaboré cherche à se rejouer. Le dirigeant ne choisit pas cette scène. Il n’en est pas responsable. Mais il en paie les effets : un associé qui reproduit un rapport à l’autorité connu de longue date, un recrutement qui rejoue une dépendance, un renoncement qui arrive toujours quand la réussite devient visible.
Ces mouvements passent par ce que le dirigeant appelle l’intuition, la fatigue, l’urgence, parfois l’acte involontaire : le mail envoyé trop tôt, le rendez-vous oublié, la signature précipitée. L’acte manqué n’est pas une faiblesse de caractère. C’est un message adressé par ailleurs.
Un baromètre Ipsos bva réalisé pour AG2R La Mondiale (publié le 9 septembre 2026) indique que 42 % des dirigeants de TPE et PME interrogés ont continué à travailler alors qu’ils sentaient qu’ils auraient dû s’arrêter. On peut y lire une affaire de volonté. On peut aussi y entendre un dirigeant qui agit contre ce qu’il sait.
L’aspect pragmatique de la démarche
Ce n’est pas une affaire de confort. Une répétition non entendue se paie en décisions, en départs, en procédures, en associés perdus et en années. Un dirigeant qui répète les mêmes erreurs gagne à traiter la scène qui les produit plutôt qu’à renforcer chaque fois le processus qui les encadre. Les deux ne s’excluent pas : le coaching et le conseil gardent leur place, mais ils n’atteignent pas ce qui commande en silence.
Cela demande un lieu où parler sans rien décider, ni rien justifier. Frédéric Duplessy, psychanalyste des dirigeants, y reçoit des analysants qui reconnaissent d’abord une régularité dans leur parcours, puis ce qu’elle cherche à dire.
Questions fréquentes
Pourquoi un dirigeant répète-t-il les mêmes erreurs de recrutement ou d’association ? Parce que certains choix obéissent à une scène ancienne rejouée, non à un défaut de méthode : la répétition est un processus inconscient, dont le dirigeant n’est pas responsable mais qu’il est possible de traiter.
Le coaching suffit-il ? Il est utile pour structurer et outiller. Il ne traite pas ce qui agit hors de la conscience au moment du choix.
Qu’est-ce qu’un acte manqué en entreprise ? Un geste ou un oubli apparemment involontaire (retard, erreur, signature précipitée) qui contredit ce que le dirigeant sait vouloir.
Analyses liées
À qui parler quand on dirige seul ?
Culpabilité du dirigeant : ce que chaque décision difficile rejoue
Dirigeant qui ne parvient pas à déléguer : ce que le contrôle protège